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Homélie des obsèques du Père Louis Sintas, sj
samedi 25 décembre 2010
par Charles LE DÛ

« Tu sais tout, tu sais bien que je t’aime »

logoC’est la phrase que Louis a commentée à plusieurs reprises, durant notre rencontre, il y a huit jours. Avec un évident bonheur. Il devinait que j’étais venu d’Aix en Provence pour un ultime entretien, dont je vous livre des bribes, parce qu’il devait bien se douter que je vous les répèterais, à vous qui l’aimiez. Il m’a accueilli d’emblée en me disant :
  • Le médecin vient de me dire : je ne suis pas Dieu et c’est à lui qu’il faut désormais s’en remettre. Loin de m’affoler, cela m’a libéré. Je me sens soulagé, léger, tu n’imagines pas à quel point !
 Il me le disait avec un grand sourire complice, en se passant la main sur l’abdomen. Il a tellement souffert de sa corpulence : c’était son humiliation.

Il continuait :

  • Je n’ai plus que deux prières, toutes simples : « quand tu voudras, comme tu voudras » et « tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ». Quand Dieu me posait la question, je le voyais bien : ilm’épiait derrière le rideau, en l’écartant légèrement de la main, pour voir si j’allais dire ‘oui’.
  • Et alors ?
  •  Alors, je me suis bien gardé de lui dire ‘oui’. Quand on dit cela, la minute d’après nos actes prouvent le contraire ! Alors, malgré ma vie médiocre, je lui ai dit : « Tu sais tout, tu sais bien que je t’aime !  »
  • Ta vie médiocre ? Avec tout ce que tu as fait pour l’Eglise et la Compagnie ?
  • Tout ça, c’est de la buée, de l’écume, de la mousse. Cela n’a de poids face à l’amour de Dieu. Je n’ai aucun mérite. Et pourtant : «  Non, rien de rien, non, je ne regrette rien ! » comme disait la chanson fétiche de votre retraite d’ordination, que j’animais, il y a quarante ans. Je ne regarde plus derrière, je regarde devant !

Et maintenant, laissant ces confidences, je réfléchis avec vous à la rencontre de Jésus et Pierre au bord du lac. C’est cette confiance que Jésus semblait attendre de Pierre, quand il lui demandait : « M’aimes-tu ? ». Pas de trace de reproche en sa bouche. Mais avec une délicatesse infinie, il pardonnait, en posant une question positive, qui ouvre un avenir : « M’aimes-tu ? » Trois fois. Comme Pierre avait répété à trois reprises : « Je ne le connais pas ». C’est sur le chemin de son reniement que Jésus retrouvait Pierre, pas à côté.

«  M’aimes-tu ? » La page est tournée. Ce n’est pas seulement la mort que j’ai vaincue, et pas seulement le péché ; c’est aussi son opprobre, la honte amère et ton remords : tout cela a disparu sans laisser plus de trace que la neige qui fond au soleil de Pâques.

J’ai porté la faute, et la mauvaise conscience, pour vous laver d’un bain nouveau, vous enfanter dans une nouvelle naissance. L’énergie de ce monde nouveau est telle, que votre âme ne peut pas durablement revivre les sentiments du monde disparu. Laissez donc ces comparaisons entre la faute et le repentir. Tout cela appartient à l’Ancienne Loi. Je sauve votre vie entière et son mouvement, surtout lorsque celui-ci est tout entier orienté vers les autres et vers moi.

« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Il y a quelques jours à peine tu me disais : « Même si je devais mourir avec toi, non, je ne te renierai pas  ». Et tu ne voulais, de toute évidence, pas me lâcher. Tu n’as peut-être pas eu la force d’aller jusqu’au bout de ton désir le meilleur. Mais je te pose une nouvelle fois la question : «  M’aimes-tu ?  » Es-tu prêt, à t’appuyer sur moi et non sur toi, dans un geste fou d’abandon ?

« Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime.  » Une fleur refuserait-elle de s’ouvrir quand le soleil l’inonde ? Dira-t-elle : je ne suis pas digne de regarder en face la lumière ? Je crois ta puissance de vie plus forte que mes forces de mort. Je crois ta fidélité plus forte que mes abandons. Seigneur, tu es le plus fort.

C’est bien ce que disait Louis. Et nous-mêmes, comme lui, nous pouvons affirmer avec Paul : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?  » Oui, nous en avons l’assurance : « ni mort, ni vie, ni aucune créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur  ».

Quelques pages sur Internet

Bibliographie
Noël des enfants
Le cœur de Jésus
Assomption : La Première
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