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Fiche de lecture : « Petit Christianisme d’insolence » de Robert Scholtus
vendredi 10 avril 2009
par Patricia Brochen

Laissons-nous bousculer


Dans son dernier ouvrage, « Petit Christianisme d’insolence » Robert Scholtus, prêtre et « serviteur du Mystère » depuis 30 ans aujourd’hui enseignant en Théologie et supérieur du Séminaire universitaire des Carmes à l’Institut Catholique de Paris, vient bousculer les lecteurs chrétiens que nous sommes.


Dans une langue, à la fois belle et « astringente » haute en couleur et inspirée, Robert Scholtus questionne, à la lumière de la modernité, le christianisme occidental.

En quête d’un « style » pour le christianisme à venir, l’auteur milite pour un christianisme d’insolence, étymologiquement « qui manque d’habitude ».

Ses paroles fortes nous appellent à une réflexion et à une prise de conscience car « quelque chose est en train de se passer ».


Afin de vous inviter à la lecture de ce livre, nous avons choisi de vous livrer, en espérant ne pas en avoir dénaturé le sens profond, quelques propos revigorants qui nous ont touchés.


Au nom de son goût pour la littérature et l’allégresse de la langue, l’auteur s’élève contre « les bavardages qui paralysent la parole religieuse » ; il rêve « d’un grand sabbat silencieux », « il s’agirait tout bêtement de se taire pour écouter l’inouï de la Parole que nos paroles ont étouffé. Ce serait laisser faire son œuvre désincrustante pour que se détachent les mots scories…C’est une plongée du langage dans le bain lustral du silence que je préconise ».


Plus loin, il stigmatise l’affaiblissement du catholicisme, dans une société moderne, « où l’homme devenu fragile et désenchanté esquive l’épreuve de la solitude silencieuse plutôt que de l’habiter et de plonger dans les abîmes de l’Amour « où Dieu seul suffit ». »

« Cette solitude qui dispose l’être à la communication la plus grande et lui fait aimer les autres d’un amour de gratuité au delà de tout rêve de fusion, de possession ou de domination. »

Mais aussi « une des meilleurs façons de sortir de l’isolement c’est encore de nous approcher du dit monde (moderne) de nous faire son prochain et de pratiquer un christianisme hospitalier et amical, capable de forcer l’indifférence et les préjugés de nos contemporains…

Vivant résolument dans le monde sans en être, faisant usage du monde sans le posséder, les chrétiens pratiquent le détachement au cœur de leurs attaches, la déprise à l’intérieur de leur possession, la distance au-dedans de leur proximité. Ils ne campent ni dans l’indifférence ni dans la révolte…Cette subtile résistance intérieure est celle que recommandait Paul à la communauté de Corinthe. »


Robert Scholtus invite le corps de l’Eglise à la souplesse : « l’Eglise à moins à se préoccuper de coller à un territoire ou de tenir son rang dans la société que d’habiter les carrefours où les frontières, d’ouvrir des chemins à l’écart des conformismes et du prêt à penser, d’inventer des styles de vie. » Dans cette Eglise là, « les prêtres… retrouveraient la souplesse et la joyeuse agilité des disciples de Celui qui est « le chemin, la vérité et la vie ». ».

« L’église ne sera appelante, ne convaincra ceux qui lui tournent le dos qu’en témoignant de ce style, qui doit plus à l’hospitalité de l’amitié, au génie inventif de la sainteté et aux espiègleries de l’Esprit qu’à la perfection aseptisée des discours et des structures. »


Et le chrétien à retrouver la jeunesse des commencements

RS questionne l’image de l’Eglise, cette vieille dame de 2000 ans, « qui après le coup de jeune de Vatican II est passée directement du printemps à l’hiver. »

Et si elle n’était pas ce que l’on croit ?

Ce chapitre nous interpelle au plus profond de notre foi.


« Parce qu’il lui faut recommencer à vivre dans un monde qui a appris à se passer d’elle, elle réapprend qu’elle est commencement, elle se souvient qu’elle est née de la Résurrection de Jésus qui est un évènement de jeunesse, l’évènement même de ce qu’est la jeunesse de Dieu. »

L’auteur nous redit « combien le Ressuscité inaugure l’homme nouveau, l’homme du matin, à l’extrême de l’amour, dans la nudité de l’amour, l’homme fils, l’homme frère, l’homme qui n’est que de se recevoir et de se donner »

Il s’élève contre « l’âgisme » qui gagne nos sociétés et l’église elle-même.

Et de citer maints exemples concrets de témoignages de jeunesse émanant notamment de l’engagement des plus anciens, d’un renouveau ecclésial parmi les hommes et femmes « recommençant » à croire, des femmes elles-mêmes : « Si elle veut gagner la sympathie de ses contemporains, leur donner le goût des saveurs de l’Evangile offrir la consolation à ceux qui pleurent et les accompagner sur le chemin de leur errance, l’Eglise doit faire confiance aux femmes à leur bienveillance naturelle, leur patiente tendresse et leur généreuse intuition. »


RS milite pour une Eglise au visage amical : « l’Eglise ne sera fidèle à la mission que lui a confié le christ que si elle vit dans son amitié et si comme lui elle se fait l’amie des publicains et de pécheurs pour témoigner un Dieu ami des hommes. »


Tendresse du secret

Ce que les chrétiens ont à inventer c’est une Eglise en laquelle et pour laquelle l’Evangile étonne et séduit, provoque et scandalise, surprend et interroge.

Elle y parviendra en se recueillant dans le secret évangélique qui seul peut attirer la curiosité et le désir, attirer la sympathie et la confidence ; le secret messianique livré par le centurion au pied de la croix, « Vraiment cet homme était Fils de Dieu », recueilli dans le silence et intériorisé dans la prière.


Sagesse d’une espérance

« L’espérance des chrétiens est l’aiguillon de leur responsabilité dans la société… elle les rend solidaires de toute souffrance et assoiffés de justice… elle entretient en leurs cœurs « l’intranquillitée » du Fils qui veut qu’aucun de ceux que le Père lui a confiés ne se perde. »

« Ce qui fait la sagesse de l’espérance chrétienne, c’est de ne pas compter sur le seul exaucement de ses attentes, sur l’accomplissement de désirs dont elle sait l’ambiguïté ou l’illusion, mais sur le surgissement d’une nouveauté qui n’est déductible de rien si ce n’est de l’imprévisible grâce. »


Promesse de l’événement

« L’évènement : voilà le mot qui désormais oriente mes pensées ou plutôt les suspend…

L’Eglise ne peut oublier qu’elle est née de l’évènement pascal. Elle est cet événement, elle en est la forme historique, visible.

La foi en la résurrection sombre dans l’insignifiance si en elle ne vibre plus la rumeur de l’incroyable, l’inouïe de son annonce et la mémoire de l’inaccessible.

Le croyant n’a d’autre moyen de sauver l’événement que d’en répondre en vivant dans l’insolence de sa lumière. Il n’a d’autre moyen d’en démontrer la vérité qu’en montrant ce qui par elle est transfiguré, quand nous visite « l’astre levant venu d’en haut » (Lc 1, 78)


Sa conclusion « Pour ne pas conclure » s’adresse à tous les chrétiens et aux prêtres à qui il propose de vivre d’incognito et d’insolence ; l’incognito du croyant « qui a décidé de tendre la mains aux vivants… qui cherchent à faire advenir l’humain, d’élargir le monde, de faire vibrer l’Evangile par sa seule présence, par pur amour et l’insolence de la joie des commencements que Robert Scholtus, à la fois « rebelle et homme de l’institution » prône au fil des pages de ce livre revigorant.



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